Yamas et Niyamas - Les valeurs fondamentales du yoga pour vivre mieux
Par Auma Yoga
Quand on pense au yoga, on imagine souvent les postures, la souplesse ou éventuellement la respiration. Pourtant, ce que j’ai découvert dans la tradition du yoga, et ce qui m’intéresse de plus en plus aujourd’hui, ne se trouve pas là.
Ce qui m’attire profondément, ce sont les valeurs de vie que le yoga propose. Parmi elles, les Yamas et les Niyamas occupent une place centrale.
Ces deux ensembles de principes, décrits par le sage Patañjali dans les Yoga Sutras, sont comme une boussole intérieure. Ils nous guident dans notre relation aux autres pour les Yamas, et dans notre relation à nous-mêmes pour les Niyamas.
Les découvrir, c’est comprendre que le yoga n’est pas seulement une pratique physique, mais un art de vivre à la fois simple et exigeant. C’est ce principe de discipline que l’on retrouve dans de nombreuses traditions, y compris dans le bouddhisme, où l’idée revient souvent que ce qui apporte réellement paix et joie ne vient pas de l’extérieur, mais de la discipline que l’on choisit de cultiver en soi.
Les Yamas, la relation au monde
Les Yamas sont souvent décrits comme des règles d’éthique. Pourtant, ils sont avant tout des invitations à cultiver une attitude juste envers la vie et les autres, dans des situations très concrètes du quotidien.
Ahimsa, la non-violence, est souvent comprise comme la non-violence envers les animaux et sert parfois de base pour justifier le végétarisme dans le yoga. Mais ce principe va beaucoup plus loin, car il s’agit aussi de cultiver la bienveillance dans nos mots, nos actes et nos pensées, envers les autres, et peut-être encore davantage envers nous-mêmes. La manière dont nous nous parlons intérieurement devient alors un véritable terrain de pratique.
Satya, la vérité, consiste à être sincère sans brutalité et à chercher l’authenticité dans ses choix. Dans la version des commentaires des Yoga Sutras que j'ai lue, commenté par Swami Satchidananda, une phrase m’a longtemps guidée, "Speak true, speak pleasant". Il s’agit de ne dire que ce qui est vrai et agréable. Si c’est agréable mais faux, il vaut mieux s’abstenir. Si c’est vrai mais blessant, il vaut mieux s’abstenir aussi. Cela invite à une forme de responsabilité profonde dans nos paroles.
Asteya, le fait de ne pas voler, ne se limite pas aux objets matériels. Il concerne aussi le temps, l’énergie ou l’attention. Cette idée de ne pas voler du temps, ni aux autres ni à soi-même, résonne particulièrement aujourd’hui. Elle nous pousse à être plus présents et plus justes dans nos engagements.
Brahmacharya, souvent associé à l’abstinence sexuelle, peut être compris de manière plus large dans le monde actuel. Il s’agit surtout d’observer où va notre énergie et d’éviter de la disperser inutilement.
Aparigraha, la non-possessivité, consiste à alléger son rapport aux choses et à apprendre à ne pas s’accrocher. Ce principe peut sembler très proche de nos réflexions modernes sur le minimalisme, mais il va plus loin. Il ne s’agit pas seulement de posséder moins, mais de s’attacher moins.
Les Niyamas, la relation à soi
Les Niyamas sont comme une forme d’hygiène intérieure. Ils nous invitent à cultiver un espace plus clair, plus stable et plus aligné dans notre vie quotidienne.
Shaucha, la pureté, consiste à cultiver la clarté dans son corps, son esprit et son environnement. Cela peut passer par des gestes simples comme ranger son espace, mieux manger ou respirer consciemment. Cela implique aussi de faire du tri dans ses pensées, dans ses habitudes et dans ce que l’on consomme mentalement. En créant cet espace, quelque chose de plus juste peut émerger.
Santosha, le contentement, est l’apprentissage de la satisfaction dans ce qui est déjà là. C’est pour moi l’une des valeurs les plus importantes du yoga, mais aussi l’une des plus difficiles à incarner. Dans un monde qui nous pousse en permanence à vouloir plus, ce principe nous invite à changer de regard et à considérer que ce que nous avons pourrait déjà être suffisant.
Tapas, la discipline, correspond à la chaleur de l’effort conscient. Il ne s’agit pas d’une rigidité imposée, mais d’une énergie intérieure qui nous pousse à revenir à la pratique, même lorsque ce n’est pas confortable. Cette régularité transforme progressivement notre manière d’être.
Svadhyaya, la connaissance de soi, invite à observer, lire (souvent des textes sacrés), méditer et comprendre ses propres schémas. À un moment donné, il devient nécessaire d’arrêter de chercher des réponses à l’extérieur et d’oser regarder honnêtement ce qui se passe en soi. Ce principe marque souvent le début d’une transformation plus profonde. C'est la recherche à la question existentielle "qui suis-je ?", chemin notamment emprunté par le fameux sage Ramana Maharshi.
Ishvarapranidhana, l’abandon au plus grand, consiste à reconnaître qu’il existe quelque chose qui nous dépasse et à s’y relier. Cela peut prendre différentes formes selon les sensibilités, comme Dieu, la nature, une force supérieure, ou simplement une confiance dans la vie. Dans un monde où l’on cherche souvent à tout contrôler, ce principe invite à faire de son mieux, puis à accepter de lâcher prise.
Vivre les Yamas et Niyamas aujourd’hui
Ces principes n’ont rien de théorique et peuvent s’incarner dans des gestes très simples du quotidien. Ahimsa peut nous inviter à ralentir avant de répondre à un message, Santosha peut nous aider à apprécier un moment ordinaire sans chercher à le transformer, et Aparigraha peut nous amener à consommer avec plus de conscience.
Dans un monde rapide et saturé d’informations, les Yamas et les Niyamas nous rappellent qu’une autre voie est possible, une voie faite de simplicité, de respect et d’alignement.
Et si, au lieu de chercher à faire plus, vous choisissiez cette semaine de pratiquer un seul Yama ou Niyama. Un petit geste peut suffire, comme sourire sans raison, écrire avec sincérité dans un carnet ou prendre un instant pour dire merci.
Le yoga commence là.